Apprendre la patience à son enfant

Ils n’arrivent même pas à attendre 3 minutes… Face à l’impatience de nos enfants, nous sommes nombreux à réagir de l’une de ces deux façons — et aucune

  • « Tu peux juste attendre ? Sois patient.e ! »
    Pour un enfant, « sois patient.e » n’est pas une consigne, c’est un ordre sans indication pratique.
    Il peut se dire : « Mais comment je fais ça ?! »
    S’il n’a pas encore acquis cette compétence, lui demander simplement d’attendre ajoute surtout de la pression. 
  • « D’accord, d’accord, je vais te donner la tablette, arrête juste de pleurnicher ! »
    Les enfants apprennent vite.
    Lorsqu’ils obtiennent ce qu’ils veulent après avoir suffisamment réclamé, ils peuvent retenir : « Quand je pleure et que je me plains, j’obtiens ce que je veux. »
    Après tout, cette stratégie a réellement fonctionné auparavant : leur cerveau l’enregistre donc pour la réutiliser plus tard.

Force est de constater qu’aucune de ces stratégies n’apprend vraiment aux enfants à patienter.

Pourquoi attendre est devenu si difficile pour les enfants

Combien de fois avez-vous donné un écran à votre enfant simplement pour survivre à un long trajet en métro, à la file du supermarché ou à l’attente au restaurant ?

Je sais à quel point vous êtes fatigué.e, mais nous apprenons indirectement à nos enfants que l’attente est quelque chose à éviter, plutôt qu’une situation qu’ils sont capables de gérer.

Les écrans procurent une stimulation immédiate. C’est pourquoi l’appareil est devenu un moyen pratique de faire face — pour les enfants comme pour les adultes ! — au moindre moment d’ennui. Il n’est donc pas étonnant que même 3 minutes d’attente puissent aujourd’hui sembler insupportables aux enfants…

Ce n’est pas qu’une intuition. Une étude de 2025 publiée dans Frontiers in Psychiatry a mis en évidence un lien étroit entre l’ennui, la difficulté à tolérer les délais et l’inattention chez les enfants. Les chercheurs suggèrent qu’aider les enfants à développer leur tolérance à l’attente pourrait améliorer, avec le temps, leur façon de gérer l’ennui.

En bref : plus les enfants ont l’occasion de vivre un peu d’ennui — sans écran ! — plus ils deviennent capables d’attendre.

Aidez votre enfant à développer sa patience

Si vous vous êtes beaucoup appuyé(e) sur les écrans pour occuper votre enfant agité, sachez qu’il y a de l’espoir. Vous pouvez encore développer sa capacité à attendre, tel un « muscle de l’attente », et cela commence par un petit changement dans votre manière de réagir.

Essayez de dire ceci la prochaine fois que votre enfant doit attendre :

« Je sais que c’est difficile d’attendre.
Tu aimerais vraiment que je puisse nous téléporter à la maison tout de suite.
Comptons le nombre d’arrêts qu’il nous reste ! »

Le simple fait de reconnaître ce qu’il ressent aide votre enfant à comprendre que vous saisissez la difficulté qu’il traverse. Et les enfants qui se sentent compris sont bien plus disposés à attendre.

D’autres façons de développer la patience de votre enfant :

  • Préparez des alternatives sans écran. Des livres d’activités, le jeu « mon petit œil voit… », ou inventer une histoire ensemble sont de bonnes options dans les transports, les files d’attente et au restaurant.
  • Au lieu de minimiser les besoins de votre enfant ou de céder à ses exigences, posez des limites avec empathie. « Tu as très envie de jouer avec ce jouet, et c’est difficile d’attendre que ton frère ou ta sœur ait fini. Tu pourras l’avoir dans 5 minutes. Mettons un minuteur. »
  • Remarquez et valorisez les efforts de votre enfant pour attendre calmement. « Tu as lu un livre pendant que tu m’attendais. J’ai fini de travailler, maintenant allons jouer ! »

Chaque fois que vous réagissez ainsi, vous aidez votre enfant à développer une compétence qui lui servira toute sa vie. Votre enfant ne pleurera pas et ne se plaindra pas toujours lorsqu’il devra attendre. Faites preuve de patience, restez en lien avec lui et augmentez progressivement le « temps d’attente ». Croyez-moi, il y arrivera — et il n’aura pas besoin d’un écran pour cela.

Récap :

La prochaine fois que votre enfant s’agite, essayez de créer du lien avec lui et proposez une alternative sans écran.

« Je sais que c’est difficile d’attendre. Tu as tellement faim et tu veux que ton repas arrive tout de suite. Jouons à “Mon petit œil voit…” pendant qu’on attend. »

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